Portrait de société

par Hélène SF  -  15 Décembre 2018, 21:14  -  #Humeurs, #Texte à chanter, #slam, #Crise, #Société de consommation, #Surconsommation, #Changer de vie, #Gilets verts, #Révolte, #On est prêt, #Poésie, #Poème

Bonsoir,

Voici un petit texte écrit ce soir sur mon téléphone.

Il vous racontera ce que je perçois quand je croise certaines personnes.

J'ai mis des mots sur certains maux, pas bien rigolos.

Mais je les crois utiles.

Portrait de société

Dans ton miroir

tous les soirs

une sorte de cafard

rend insidieusement ton teint blafard

 

Tu ôtes machinalement

ta carapace de battant

et en t'endormant

tu espères sincèrement

oublier tes questionnements.

 

Enfant, pourtant,

tes rêves étaient grands : 

tu aimais la nature, les animaux...

mais peu à peu, à pas de géant,

tu as foncé pour aller plus haut.

 

Tu as tellement travaillé

pour y arriver ! 

La consommation comme moteur

tu as appris à ignorer tes peurs

et à gagner toujours plus pour avancer.

 

Un jour, tu as même fait des enfants.

Pas eu beaucoup de temps 

pour les étayer

mais tu as essayé.

 

Ils ont grandi 

dans ton petit nid

où tout est neuf

Et plein comme un œuf.

 

Tous les samedis

avec ton caddie

Tu attrapes vite

armé de ta carte à crédits

de quoi vous maintenir en vie.

 

Ta boîte à lettres regorge de publicités

tu dois souvent calculer

tu passes du temps à les étudier

car il faut arriver à boucler

le mois qui n'en finit pas de terminer

 

Paradoxal que tes journées

passent si vite

Et même toutes ces années...

Alors que la fin du mois

avant d'être enfin payé

semble toujours s'éloigner...

 

Épuisé,

tu passes la majeure partie de ton temps à travailler

parce qu'il faut toujours plus gagner

pour à nouveau consommer.

 

Plus de temps pour réparer

ce qui s'est cassé

de toute façon ça n'aurait pas marché

pas la peine de te fatiguer

il vaut mieux jeter

et racheter.

 

Peu à peu tu t'y es habitué

et même franchement bien amusé

acheter était devenu un loisir

et puis "on bosse, faut se faire plaisir ! 

On l'a mérité."

 

Tu as parfois un peu culpabilisé

quand on te montrait des photos d'enfants faméliques

là-bas en Afrique

ou d'esclaves Pakistanais

dont les usines pourries s'effondraient.

 

Mais tu as appris à te dire c'est ainsi

j'ai ma vie

c'est loin d'ici

j'y peux rien

si le monde n'est pas bien.

C'est la faute au système

toute cette haine.

 

Et moi j'ai pas le temps

de me battre pour tous ces gens

tu vois,

tous les ans j'envoie

un chèque à une ONG

qui va s'en occuper.

"Il faut laisser ces soucis

à ceux que le peuple a choisi."

 

Tes enfants ont grandi

dans ce moelleux paradis

où tout était permis.

Tu voulais pour eux le meilleur

et croyant faire leur bonheur

ils ont eu tout, souvent avant l'heure.

 

Trop gâtés,

ils ont appris à gaspiller

leurs centaines de jouets...

à bouffer au lieu de manger

à casser

à jeter

à polluer.

Et là ils sont juste blasés.

 

Devenus des enfants rois

ils font même la loi

parfois à ton détriment

de plus en plus souvent...

malheureusement.

 

Et comme tu as oublié

de leur enseigner

la solidarité

même quand tu es épuisé

ils ne voient pas pourquoi ils devraient t'aider.

 

Et pourtant

tu ne l'avais pas cherché

tu voulais juste les combler

leur montrer combien

tu les aimais.

 

Ce soir,

dans ton miroir,

craquelé,

le masque vient de tomber.

 

Tu as réalisé.

Ça ne peut plus continuer.

Tu es complètement épuisé.

 

Tu en as trop avalé

Ton corps est fatigué

tout boursouflé

ratatiné

desséché

déréglé.

Prêt à exploser.

 

Et pourtant

quand tu regardes tous ces gens

qui se révoltent pour exister

tu voudrais les voir arrêter.

"Ce sont des agités,

des inconscients,

faut qu'ils arrêtent de faire les cons

où va-ton ? "

 

Ce soir,

dans ton miroir,

tu n'as même plus la force

de penser

que peut-être tu t'es trompé

Tu as dépensé

toute ton énergie

ça n'est pas possible aujourd'hui

de remettre en question toute ta vie

 

Alors pour ignorer l'enfant

endormi au fond de toi

tu t'enfuis dans les livres

dans les séries

dans les sorties

dans les rêves préfabriqués

qui te permettent d'avancer

et te font tout oublier.

 

Une ou deux addictions

te distillent leur poison.

Tu fais comme tu peux..

Toujours au mieux...

 

Mais dans ton miroir

je sais bien qu'un soir

au fond de tes yeux

cernés de noir

venue du fond de ta mémoire

viendra une lueur d'espoir

pour écrire une jolie suite à ton histoire.

 

Qui es-tu devenu ? 

Où vas-tu ?

Rien n'est jamais perdu.

 

 ©Hélène SF.

 

Merci de m'avoir suivie...

Faites-vous une jolie vie.

(Trop contente :  premier article fait sans allumer du tout l'ordinateur ! Work in progres. 😁)

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